etat-des-lieux

« Quel est l’état des lieux de la transformation agile ? »

C’est une question qu’il m’est arrivée d’entendre plusieurs fois. C’est une question qui a tout son sens quand on sait qu’une démarche agile au sein d’une organisation n’a pas vraiment de début ni de fin, qu’elle est jalonnée de petite victoires parfois invisibles, de gros changements qui peuvent amener une sensation de chaos, de nouvelles trajectoires. Il m’est arrivé d’être mal à l’aise lorsque l’on me posait cette question. Je me suis demandée pourquoi ?

Pourquoi moi ?

J’ai connu des contextes où cette question m’était directement posée : « mais au fait, on en est où de cette transformation ? » Question souvent formulée par des managers, plus ou moins éloignés des équipes opérationnelles. Je l’ai rarement vue exprimée par des personnes dans l’organisation que l’on essaye d’améliorer. Mais plutôt par des personnes à côté de l’organisation. Pas directement impliquées dans les décisions du quotidien.

Je ne suis pas en train de formuler une critique. Je trouve cela normal que cette question soit posée. C’est logique de vouloir savoir où on en est du chemin à parcourir, surtout quand le chemin emprunté mobilise des dizaines de personnes, que les effets positifs ne sont pas immédiatement visibles, que les expérimentations sont parfois vaines.
Je comprends que l’on se tourne vers le coach pour avoir réponse à cette question. Et pourtant je ne le vois pas forcément comme un bon signe.

Se tourner vers lui sous-entend que lui seul a la réponse. Comme si le ou les coachs portaient seuls cette démarche sur leurs épaules.
Se tourner vers lui sous-entend que l’agilité est un but en soi et non un moyen d’atteindre un objectif qui a du sens dans le contexte de l’organisation.
Diriger cette question vers le coach me fait penser que son rôle n’est pas compris. C’est lui qui aide l’organisation à aller d’un point A à un point B en piochant dans sa grosse boîte à outils (de principes, méthodes, bonnes pratiques, etc.) Mais qui mieux que l’organisation elle-même connaît ce point B ? Cette destination ?

Ce n’est pas une question à laquelle le coach doit plancher seul. C’est plutôt le bon moment d’aligner l’organisation sur les efforts fournis jusqu’à présent et l’objectif que l’on se donne. Se tourner vers l’ensemble des équipes c’est aussi un signe que l’on a compris que cette démarche est l’œuvre de tous, qu’elle ne peut aboutir à des changements positifs sans que chaque individu se sente acteur. Cela fait sens que les managers posent cette question à toute l’organisation ou à un échantillon représentatif. Et la laisser trouver sa façon d’y répondre, avec l’aide du coach agile si besoin.

Que veut dire « transformation » ?

Gênée d’être la seule à qui l’on pose cette question, je suis aussi gênée par le mot “transformation agile”. Il donne trop d’importance au changement même alors que c’est l’objectif du changement qui nous intéresse. Il sous entend qu’il faut bousculer plein de choses pour atteindre cet objectif alors qu’en réalité ce n’est peut-être pas grand chose. Cela sous entend que l’on a oublié l’objectif de la transformation, lui-même absent de la question. Je me plais à imaginer un manager qui demanderait à ses équipes “où en êtes-vous de l’objectif que nous nous sommes fixés pour le premier trimestre ?”

Pourquoi maintenant ?

J’ai connu des contextes où cette question était posée au bout de 7 mois. 7 mois c’est déjà trop long pour faire un bilan de ce qui a fonctionné ou non.
Si l’on souhaite être agile dans sa démarche même de changement, mieux vaut s’interroger régulièrement sur le « où on en est ? » Travailler dès le début sur des métriques qui nous permettront de savoir si on se rapproche ou si l’on s’éloigne de notre objectif. Pour s’autoriser rapidement un changement de direction avant d’épuiser les équipes.

Quelle est l’intention ?

J’ai connu des situations où l’état des lieux n’apportait pas vraiment de valeur (pas de métriques, pas d’apprentissage). Mais aboutissait à un simple acte de communication. Ou bien servait à demander de la transparence à un coach qui travaillait de façon opaque.
Je remarque que la question génère une dynamique plus saine de la part des équipes quand son émetteur précise ce qui est attendu de cet état des lieux. Une action concrète ? Plusieurs ? Un bilan partagé ?

Je sais maintenant pourquoi cette question me met mal à l’aise. Suis-je la seule ?
J’essaye désormais de poser moi-même une question en anticipation : Dans quel objectif on travaille, on change, on expérimente ? Et comment saura-t-on si cela marche ?

About the author

Géraldine Legris

J'ai été chef de projet web pendant plusieurs années. Un jour j'ai passé une tête dans une formation où un mec parlait agilité. Depuis j'ai changé mon vocabulaire, ma vision du travail d'équipe, de l'entreprise, des relations humaines, du monde. J'ai été coach agile, facilitatrice, formatrice. Et aujourd'hui je suis coach de sens.

View all posts

4 Comments

  • D’une certaine façon, si quelqu’un pose la question, c’est que le résultat intermédiaire ou « final » (sic!) n’est pas visible. Je serais donc tenté de répondre que la transformation n’est pas bien avancée. Renvoyer la question sous la forme « Quels changements avez vous constatés vous-mêmes ? Quels changements vous ont été rapportés par d’autres personnes ? Qu’en pensez vous ? » inverse en quelque sorte la charge de la preuve. Si l’interlocuteur est vraiment intéressé à l’organisation en cours de transformation, il est capital qu’il développe son « awareness » de ce qui se passe, faute de quoi il pourrait ne pas se rendre compte qu’il est « arrivé à destination ».

  • Bonjour Geraldine,

    Et si tu prends cette question tout simplement comme elle est? … On en est où de cette transformation? La réponse pourrait aussi être toute simple: partager ce qui est, ni plus ni moins. En suite la conversation pourra aller vers un infini d’options.

    Dans tous les cas, pourquoi avoir de préventions par rapport à ce type de question? Il y a t-il des doutes importantes et donc de craintes? En tant que Agile Coaches, oui nous pouvons aussi avoir de doutes ou de craintes, mais peu importe la situation nous sommes sensés avoir une vue plus étendue sur l’espace de complexité dans lequel se déroule la transformation et donc nous pouvons partager nos points de vue et promouvoir les dialogues génératifs avec nos clients et ainsi faciliter la meilleure navigation sur la complexité des situations. Il vaut mieux toujours tenter de co-construire avec le client face à « ce qui est » au lieu de prétendre avoir toutes les réponses et donc stresser pour ce type de questions.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *