recette impact map

Impact map : recette de cuisine

Après 3 ans de réflexions, d’expérimentations, de discussions, d’ateliers sur la technique de l’impact mapping, j’ai l’impression d’avoir atteint le SHU HA (RI). Je me sens à l’aise pour en parler, pour l’adapter à différents contextes. Je décide donc de partager ma façon de faire.

Les différentes étapes jusqu’au RI.

C’est d’abord Alexandre Martinez qui m’a parlé de cet outil. Je cherchais un moyen d’aider les product owner que j’accompagnais à prioriser leur backlog. Cela devait être en 2012. En lisant quelques articles sur le sujet, je n’arrivais pas à saisir la puissance de l’outil. Je n’arrivais pas à comprendre les différentes étapes de la démarche. Comment accompagner le réflexion autour des impacts.

Après un appel à l’aide sur Twitter, c’est Dragos qui a bien voulu m’aider et m’a proposé de créer un atelier sur le sujet pour le scrum day. Nous avons beaucoup discuté, comparé nos expériences, nos lectures. Après un premier meetup préparatoire, nous nous sommes rendus compte qu’à cette époque, peu de gens étaient vraiment à l’aise avec l’outil. Notre atelier est né. Il était très pédagogique. Mais je rencontrais toujours des difficultés à faire émerger le HOW, les impacts recherchés, soit le coeur de la démarche…

Ce qui m’a fait vraiment progresser c’est la présentation de Pablo et Claude au raid agile #4 de l’impact rétro futuriste. J’ai d’un coup été beaucoup plus à l’aise avec l’outil, dans quel cadre le proposer, comment l’utiliser au mieux pour définir les chemins de valeur.

Puis j’ai eu d’innombrables discussions et retours d’expériences avec Hédi, Capucine, Amélie sur le sujet.
Enfin, beaucoup de feedback de mes clients eux-mêmes, lors d’ateliers. C’est grâce à toutes les personnes citées ci-dessus que j’ai l’impression aujourd’hui d’aider mes clients à réfléchir différemment sur leur besoin.

Quand proposer une carte d’impact ?

Dans la plupart des cas, je propose ce genre d’atelier pour aider un PO et son équipe à prioriser les éléments de son backlog. Mais c’est déjà un peu tard. Parce qu’il existe déjà. Parce que l’on veut tout faire rentrer dans sa carte d’impact. On a déjà pris du temps et on ne veut pas remettre en question le fruit d’heures de travail. Mais c’est intéressant car à la fin de l’atelier, il arrive que le PO se rende compte qu’une fonctionnalité sur laquelle il pensait dépenser du temps et de l’argent n’a finalement même pas sa place dans la carte.

Le réaliser en amont de la construction du document est encore plus pertinente. On n’a pas encore réfléchi aux solutions. On vient avec une vague idée de là où on veut aller. Les personnes présentes s’autoriseront alors toutes les directions possibles.

Etape 1 : l’objectif a 6 mois vérifiable

Donc je réunis le porteur du produit (PO) et un maximum de personnes qui vont influencer ou impacter ce produit. Sans oublier ceux qui l’utilisent mais ce n’est pas toujours possible. Parfois je leur demande de venir les mains dans les poches. Parfois je leur demande de préparer à l’avance leur vision. Pour cela je leur demande de compléter un template de type elevator pitch ou pixar pitch. Sinon on le complète tous ensemble en séance. Cela permet d’aligner tout le monde sur la direction que l’on prend. Mais cette direction est encore, à ce stade, assez vague.

Puis je leur demande quelle première étape on peut se fixer ? A 3 mois, 6 mois ? Et comment est-ce que l’on va mesurer que l’on a atteint cet objectif ?
En général, cela donne naissance à pas mal de discussions. Je note au fil de l’eau les idées au mur. Et en face de chaque idée je demande toujours « Comment est-ce que l’on vérifie/mesure ? »

Quand plusieurs objectifs vérifiables émergent, je les fais voter avec du dot voting. Je leur dis bien que ça ne veut pas dire que l’on ne s’intéressera jamais aux autres objectifs. Mais que l’on n’a jamais le temps et l’argent de tout faire donc on se concentre sur ce qui semble le plus important à court terme.

Je positionne l’objectif à gauche d’une large feuille de papier.

=> Donc à ce stade on a déjà réussi à aligner tout le monde sur un objectif court terme vérifiable et prioritaire. Et ça c’est top. On a déjà une priorisation.

Etape 2 : identifier et prioriser les personas

Je leur demande d’oublier un moment notre objectif. Et de penser à notre produit.
Je dessine un cadran (technique qui me vient du raid agile. Merci Pablo et Claude). Et j’explique : sur l’axe vertical on va positionner les personas ayant de l’influence sur le produit, son contenu. Sur l’axe horizontal je note IMPACTÉ (l’accent à son importance). On placera les personas impactés par le produit.
Les participants ont parfois du mal à s’approprier le cadran. Pour faciliter le positionnement je place désormais des pourcentages sur le cadran : 0% 50% 100%.

cadran-personas
Puis je demande aux participants de former deux groupes et de brainstormer sur les personas qui vont, soit influencer le produit, soit êtres impactés par le produit. Je donne à chacun des groupes des post-its de couleurs différentes. Puis je leur demande de se lever et de venir les positionner sur le cadran.
On discute des personas et de leur positionnement. On réajuste éventuellement si les visions des 2 groupes divergent.
Je leur explique que l’on va logiquement se concentrer sur les 3 ou 4 en haut à droite du cadran.
Puis on revient à notre objectif : « doubler la vente d’escarpins d’ici mars ». Je leur demande de me pondérer les 3 ou 4 personas : lequel va avoir le plus de poids dans l’atteinte de notre objectif ?
Je les place sur la carte d’impact dans l’ordre donné par la pondération.
Parfois je leur donne un petit prénom à ce stade.

Impactmap-personas

=> A cette étape, on a déjà des discussions intéressantes : « pour toi le marketing a de l’influence sur le produit ? Ah mais non je pense qu’ils sont surtout impactés… »
=> Les 2 équipes ayant bossé sur des post-it de couleurs différentes, on voit qu’un même persona ne va pas être positionné au même endroit. On voit où sont les divergences. On voit ce qu’il faut clarifier.
=> Après l’objectif, on va plus loin dans la priorisation. On sait sur quelles personas se focaliser. Et dans quel ordre.

étape 3 : Quel est l’impact recherché ?

Je dessine un tableau avec les personas priorisées et une colonne avec un smiley.

impactmap-how

Et j’explique : ok, dans 3 mois nous avons atteint notre objectif. Pensez à Jeanne. Qu’est-ce qui a changé dans son quotidien ? Quels sont les bénéfices qu’elle retire ? Comment est-elle impactée ? Quelles sont ces nouvelles activités ?
J’ai mis du temps à les trouver mais ces questions sont essentielles pour aider le groupe à penser impact et non solutions. Et ce n’est pas simple !

Je note toutes les idées et je leur demande de les pondérer à nouveau : « Quels impacts vont nous permettre le plus de nous rapprocher de notre objectif ? »
A ce moment-là le groupe est en général un peu découragé. « Ah bon encore les pondérations ?? ». J’explique que oui c’est dur, mais c’est génial de pouvoir prioriser ensemble les choses. Qu’en limitant on fera plus.

Je m’attaque ensuite aux autres personas priorisés et je place les éléments sur le mur.

impactmap-how-pondere

=> Cette étape est vraiment intéressante car la projection dans le futur permet de donner du sens au travail de l’équipe, à l’impact que l’on cherche à atteindre. Cela motive.

étape 5 : de quoi a-t-on besoin pour permettre ces impacts ?

La dernière étape est la plus simple. Ça tombe bien elle arrive en fin d’atelier. Je demande au groupe de lister tout ce dont on a besoin pour permettre les impacts identifiés. Donc quand il s’agit de trouver des solutions, tout le monde se lâche.

Mais je reviens vite en demandant une pondération entre les éléments 😉
Et je travaille directement au mur.

impactmap-whatLa carte est terminée.

Les fails

  • Ma première carte d’impact. Je n’ai pas demandé au groupe de prioriser ses objectifs. Nous en avions une dizaine. Pas tous mesurables en plus. La carte n’a jamais servi à rien. Nous ne l’avons jamais exploitée…
  • Pas les bons interlocuteurs présents à l’atelier
  • Le mec invité qui réalise qu’il ne sera pas la cible prioritaire. Comment le gérer ? Je ne sais pas, je n’ai jamais été dans cette situation.

Conclusion

Je prévois minimum 2h.
Les cartes d’impact sont vraiment utiles pour travailler sur des produits. J’ai été tentée de m’en servir pour aider une organisation mais là il vaut mieux utiliser la strategy map.
J’ai peu d’expériences sur le « et après » ? Comment le PO va-t-il utiliser sa carte d’impact au quotidien ? Est-ce vraiment un outil qui va le suivre dans la durée ? Je vois cet outil comme une vraie arme pour asseoir sa stratégie. Pour savoir dire NON à quelque chose qui n’aurait pas sa place dans la carte.
Il ne faut pas perdre de vue que les branches sont des hypothèses. Que si on atteint l’objectif plus vite que prévu on laisse tomber les autres branches. Que si nos hypothèses ne permettent pas les impacts attendus, on bifurque. Avec plaisir pour vos feedbacks.

About the author

Géraldine Legris

J'ai été chef de projet web pendant plusieurs années. Un jour j'ai passé une tête dans une formation où un mec parlait agilité. Depuis j'ai changé mon vocabulaire, ma vision du travail d'équipe, de l'entreprise, des relations humaines, du monde. Je suis coach agile, facilitatrice. Et bientôt plein d'autres choses j'espère.

View all posts

5 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *